Les Femmes des Marins

Chaque nuit qui passait, les femmes des marins attendaient la vague qui leur ramènerait leurs amants.

Assises sur le rivage, leurs pieds clapoti-clapotant dans l’eau frémissante, chacune à son tour retenait sa respiration, tandis que les autres clignaient des yeux à l’unisson, priant le vent de tracer un signe dans le sable, priant le ciel de leur pleurer un nuage, priant l’air de s’engouffrer sous leurs jupes.

L’une d’elles s’asseyait toujours sur le côté, moitié vieille femme, moitié enfant. Elle comptait les étoiles, si près de loin, et les époussetait jusqu’à l’étincelle, se faufilant dans leurs recoins jusqu’à la joie.

Elle s’asseyait sur le côté, le regard fixe et sans entrave, baignée d’insomnie et d’écume, et soufflait doucement sur leurs pommettes brillantes et rougissantes. Une sombre nuit, elle ramena ses jupes à elle, elle ouvrit les bras, et sa bouche et son cœur, et donna naissance à une nouvelle etoile, si radieuse et précieuse qu’elle prit son envol frémissant encore, dans sa coquille, de son rire à tire d’aile.

L’enfant vieille et sage se pelotonna ensuite et sourit en son centre, spirale brûlante de sable, s’attachant à compter chaque grain qui dansait à ses pieds. Elle savait que son Marin avait parlé, et que tandis qu’il fermait les yeux sous les étoiles qu’elle-même honorait, sa tête reposait sur le sol désertique, tout en sel, tout en granules, tel l’oreiller qu’elle se rêvait chaque nuit. Tandis que le sel lui fondait sous la langue, elle savoura l’absence du marin, et pouffa de rire avec les autres femmes de marins, toujours assises clinquantes et clignotantes.

Elle savait quelle vieille sorciere elle était, avec tout à désapprendre. Elle prit le ciel par la main, la serra fort, et entama une partie de yoyo avec les particules du coin.

Puis elle décida d’aller jouer au parc.

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