Cher Édouard Baer,
Vous permettez que je t’appelle Édouard? J’ai un vrai souci à vouvoyer, mais je ferai l’effort pour vous, le tutoiement vous seyant moins, je trouve.
Vous ne le savez pas, mais il est très rare que j’écrive, ici, en français. On m’en a fait le reproche la semaine dernière, et je fais donc un effort. Votre spectacle vous mettait en scène à la recherche de la gloire version US, je suis à la recherche de ma voix in French.
Mais revenons à nos moutons. Aux vôtres plutôt. J’ai, disons le tout de suite et que les choses soient claires, une immense admiration pour vous, Édouard. À tous les égards. Quand j’écris “immense admiration”, je suis sérieuse. Vous me faites un effet terrible. Et quand j’écris “vous”, je parle de vos spectacles, de votre humour aussi bavard qu’économe, de votre esprit d’enfant gâté à qui tout semble facile, mais de votre personne, euh, superficielle aussi.
Je vous trouve beau dans tous les sens, tellement beau que je vous ferais bien des enfants, proverbe moderne quand utilisé au féminin, et que je peux utiliser en la circonstance, puisque l’homme dans ma vie admire, aussi, votre talent et votre classe, au point d’en parler avec des accents si pénétrés que, parfois, je hausse un sourcil.
Ce que j’adore chez vous, c’est cette capacité à faire d’un petit rien, une grande construction de l’esprit. Ce qui me plaît (terriblement l’ai-je dit ? ), c’est la joute verbale brillante que vous menez – le plus souvent avec vous-même – tandis que les visions qui vous agitent donnent vie à vos idées, à vos comédiens, au public. Cela étant dit et écrit, je dois vous avouer que je suis un peu déçue par votre dernier spectacle à La Cigale, “Looking for Mr Castang”. Rares étaient les grands moments, rares vos élans de fulgurance, qui rendent tout et tous sublimes.
Vous m’avez évidemment fait rire, voire réfléchir (plusieurs fois, hein!! pas juste comme ça, rapidement) et c’est déjà beaucoup, me direz-vous. Vous auriez tort. J’ai de grandes espérances à votre égard. Vos spectacles précédents m’ont enchantée. J’en suis sortie comme sur un tapis volant, ébaubie, en paix avec mon âme d’enfant (précoce). J’en suis sortie éblouïe par votre esprit, votre coeur, votre regard. J’en suis sortie inspirée par votre travail sur l’espace, sur le rythme, sur les reliefs explorés par vos troupes de performers. J’en suis sortie à regret.
Vos précédents spectacles m’ont transpercée. Celui-ci m’a divertie. C’est toujours infiniment plus que la plupart de vos confrères, mais comme vous n’avez pas vraiment d’égal, c’est trop peu. J’ai réfléchi longuement avant de vous écrire.
J’ai décidé que la salle, sans doute, ne vous convient pas. Le plateau est trop petit, vous y êtes tous à l’étroit. La Cigale aime le rock mais manque de poésie.
J’ai décidé que, certainement, votre planning fut trop serré, et que vous n’avez pas pu, pas su bloquer le temps nécessaire à l’écriture, aux répétitions, le temps nécessaire pour donner vie à votre imagination. Vous improvisez vite, c’est vrai, trop vite, ctte fois?
J’ai décidé que, peut-être, vous étiez “off” le soir de ma venue. Je ne sais pas, un sentiment indicible, un coup de fatigue, une mauvaise nouvelle? Je vous trouve d’habitude convaincu, sincère, je vous ai trouvé distrait, amer.
Je demeure, malgré ce léger désagrément, votre très humble et très inconditionnelle servante.
MND
February 1st, 2008 at 4:56 pm
Chère MND,
Et bien vous savez très bien manier la langue française! et c’est ce cher Edouard qui va être content!!!